Les
communautés virtuelles et leur rapport à la société
Une
page un peu plus scientifique pour connaître les grands thèmes
de la recherche sociologique virtuelle
Les communautés virtuelles sont apparues
avec Internet et ont introduit de nouvelles méthodes de travail
et de coopération. Certes, l’engagement dans une communauté
virtuelle peut être plus difficile à respecter du fait de
la facilité offerte par Internet de passer d’un groupe à
un autre. Mais les règles de la communautés sont décidées
collectivement et chacun doit les respecter sous peine d’être expulsé.
Enfin, la notion géographique de territoire et d’appartenance devient
symbolique. Autant de bouleversements culturels et sociologiques qui éloignent
la communauté virtuelle d’une communauté physique. Bien sûr,
la langue reste un facteur discriminant, mais la communauté virtuelle
semble s’être affranchie des contraintes qui pèsent sur une
communauté physique (qui, elle, dépend de contraintes géographiques,
de l’engagement d’un groupe d’individus dans un " contrat social " …).
Entre
virtuel et réalité
Alors qu’une communauté physique est
conditionnelle, une communauté virtuelle prend place dans une territorialité
symbolique et ne se base pas sur un projet commun. En effet, l’engagement
dans une communauté ou dans toute relation est beaucoup plus superficiel,
car il est possible de passer à tout moment d’un groupe à
une autre. D’autre part, l’identité de chacun est cachée
derrière un masque ; l’individu est même parfois personnifié
par une icône ou un personnage de fiction, appelé Avatar (voir
le site communautés ludiques). Il faut
donc accepter de se représenter autrui à partir de ce qu’il
accepte de dire, sans jamais savoir si c’est vrai ou faux.
Comment alors de véritables liens
communautaires peuvent-ils se nouer ?
Similitudes des communautés
virtuelles par rapport aux communautés réelles
Les communautés virtuelles ne représentent
pas nécessairement une rupture totale avec la vie réelle.
-
Elles reproduisent souvent comme un miroir déformant
des groupes réels : les gens se regroupent par affinités,
selon leur milieu professionnel, selon leur repères géographiques…
Ils ont vraisemblablement plus de chances de nouer des liens s’ils parlent
la même langue et possèdent des référentiels
socio-culturels proches. Les BBSs, par exemple, rassemblent des populations
locales. Ainsi, Internet reproduit un monde très segmenté,
formé de quasi ghettos sociologiques, religieux, identitaires… comme
un tiroir déformant de la réalité.
-
Les personnes qui s’apprécient sur le
réseau cherchent généralement à se rencontrer
dans la " vraie vie " (In real Life, Face 2 Face).
-
Enfin, et surtout, une communauté virtuelle
se développe s’il y a compréhension et réciprocité
entre ses membres, comme dans le monde réel. Les rapports virtuels
donnent lieu à des codes, des symboles, des rites spécifiques.
Dans des rapports physiques, le fait de en pas serrer la main de quelqu’un
qui la tend peut être considéré comme une insulte ;
les groupes sur réseau électronique se sont également
constitué une éthique de base : ne pas crier (écrire
en majuscules), ne pas injurier quelqu’un personnellement, au risque de
recevoir des " flames " (lettres d’insultes), voire de se faire expulser
du groupe. Ainsi s’est développé une sorte de " Netiquette
" universelle. Les communautés développent aussi des codes
et des langages plus " personnels " : l’alphabet smiley, les abréviations
diverses, les " private jokes "… Au sein de chaque communauté, l’impression
de compréhension mutuelle favorise les rapports humains.
Explication du succès
des communautés virtuelles
Ces modalités de fonctionnement n’expliquent
cependant pas le succès des communautés virtuelles. On peut
tenter d’apporter plusieurs explications à celui-ci.
-
La télématique offre la possibilité
de nouveaux modes d’interaction et de nouveaux projets communs, du fait
de :
-
la vitesse de circulation des informations sur
Internet et de leur caractère multiforme ;
-
du rapprochement des distances permis par les
réseaux, ainsi que l’égalité supposée entre
les internautes : l’adresse e-mail ne fait apparaître aucun caractère
social, éthique, religieux, de couleur de peau, de richesse, d’âge…
Non seulement l’outil informatique permet d’échapper à une
éventuelle discrimination dans la vie réelle, qu’elle qu’en
soit la raison, mais il contribue, de toute évidence à désinhiber
les gens, qui se livrent plus facilement ;
-
le gestion décentralisée des réseaux,
qui rend le réseau mondial quasiment indestructible, mais qui rend
aussi possible l’expression la plus libre, voire la plus anarchique. Au-delà
des inévitables déviation (telle la pornographie, la pédophilie),
Internet apparaît comme un espace particulièrement propice
au développement des mouvements de contre-culture. Par exemple,
l’acronyme du service du WELL signifie " puit ", au sens de " puit de connaissance
". On y détecte également l’adverbe well, qui signifie
" bien ". L’association Whole Earth a publié à la
fin des années 1960 le célèbre Whole Earth Catalog
, inventaire par et pour la génération hippie, en un millier
de pages grand format, de tous les outils et ressources de cette contre-culture.
Elle a fait paraître ensuite, dans le même esprit, le magazine
Whole
Earth Review, dont Howard Rheingold a été plusieurs années,
et jusqu’à la mi-1994, le rédacteur en chef.
-
Une autre hypothèse est d’ailleurs celle
de Rheingold : selon lui, il y a une disparition progressive des lieux
de sociabilité, de rencontres publiques, dans la vie de tous les
jours et surtout dans le milieu urbain, ce qui expliquerait la construction
de communautés virtuelles, pour remplacer les communautés
" physique ". Elles révéleraient donc un véritable
besoin collectif de se sentir membre d’un groupe, sachant qu’un groupe
virtuel est sans aucun doute plus facile à intégrer qu’un
groupe réel, et que ses contraintes sont largement moindres. D’autant
que les échanges entre les membres n’ont généralement
pas de contenu utilitaire, la plupart des discussions portent sur des sujets
relativement " frivoles ", qui représentent un prétexte à
l’échange, plutôt que sa justification. C’est l’interaction
qui est gratifiante en elle-même, le développement de la sociabilité.
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